17 août 2008
Carnet de notes
Les trams se suivent et se ressemblent, ils sont tous bondés …
Un type quémande sa clope du matin, il tangue dangereusement. Visiblement il est déchiré, ailleurs. Il me bouscule sans me voir, le regard vide … c’est un petit matin chagrin pour lui on dirait.
Il décide de la fumer sur place et se met à parler avec un couple tout de blanc vêtu. Le bouddhizme ? … Z’est quoi ? …
Enseignements du matin
Commentaire de l’esprit d’éveil – Nagarjuna
Au cours de l’histoire, les textes ont d’abord été traduits en chinois, puis en tibétain et ensuite en coréen et en japonais. Ce matin, pour débuter la séance, le soutra du cœur que nous venons d’écouter nous a donc été donné en chinois.
Le bouddhisme insiste sur la compassion comme base de la non violence. Ceci est commun à beaucoup de sagesses. Nous insistons aussi sur l’interdépendance et nous voyons aujourd’hui combien ceci est important à travers les conditions environnementales qui conditionnent l’avenir des six milliards d’êtres humains qui peuplent la terre.
La compréhension de l’interdépendance nous amène à considérer qu’un évènement n’est jamais tout à fait bon ou mauvais. Un évènement survient toujours à la suite d’innombrables autres. La colère par exemple, lorsqu’elle survient, désigne un évènement comme cible unique de notre colère. Il est central de comprendre et d’examiner les évènements qui ont contribués à l’objet de cette colère. Cela permettra de la dénouer plus rapidement et plus facilement. Les enseignements du Bouddha constituent donc une aide précieuse dans notre vie quotidienne.
« Libre de la dualité du sujet et de l’objet
Liée aux agrégats, aux domaines et aux sources de perceptions,
Eux-mêmes dénués de toute existence réelle,
Les choses n’ont pas de soi et de ce fait sont égales. »
L’ensemble de ce soutra vise à nous faire comprendre la nature ultime de l’esprit. Ce texte nous introduit à la conscience éveillée, cependant, l’essentiel n’est pas orienté vers le sujet qui fait l’expérience, mais vers l’objet. Ce tantra appartient à la catégorie des tantras sacrés.
Quelle est la progression de l’enseignement dans ce texte ?
D’un point de vue absolu, celui qui s’adresse à ceux qui ont une capacité de compréhension subtile des choses, nous parlons de la nature de la vacuité de l’ensemble des phénomènes.
L’incompréhension est à la base de la souffrance. Les voiles qui obscurcissent cette incompréhension peuvent être levés par la compréhension de la vacuité. Le désir d’échapper à la souffrance ne naît que si l’on sait qu’il est possible de lever ces voiles et de se libérer ainsi de la souffrance. La compréhension de la vérité de la vacuité entraîne le désir de « bodhicitta », de l’esprit d’éveil.
La seconde méthode, celle qui s’adresse aux esprits plus simples, plus grossiers, consiste à commencer par comprendre la souffrance, la possibilité de libération de la souffrance, puis la compassion et enfin la vacuité.
Hier, nous avons eu la question « Comment passer de l’ignorance à la connaissance ? ». Ce qui vient d’être dit est un élément de réponse.
Je vais maintenant développer cette notion.
Dans les 4 versets d’Aryadeva, principal disciple de Nagarjuna, il parle des possibilités de se libérer de l’ignorance. Tout d’abord, le sens de cette libération de la souffrance nous est caché, mais cela peut être dévoilé.
Le nirvana dit « naturel » est basé sur l’idée que la nature profonde, la luminosité fondamentale de l’esprit montre que la nature véritable des choses est masquée par des voiles qui n’ont pas de substance véritable. On parle d’une base fondamentale, une continuité lumineuse d’où surgit les apparences. Le « dhammakaya », le corps de la doctrine, est un état dans lequel toutes fabrications sont dissipées, les apparences, le soi, … Pourquoi le nirvana naturel est il masqué ? Parce que nous avons une vision altérée de la réalité, nous commettons des erreurs dans notre appréciation des choses.
Les erreurs n’ont aucun moyen de résister à la connaissance. A mesure que l’on commence à comprendre que les phénomènes sont dénués de substance propre, cela constitue un antidote fondamental pour vaincre l’ignorance. Un antidote est un élément incompatible avec ce à quoi il s’oppose. Il y a un sentiment de malaise propre à une envie de sortir de l’ignorance. Mais cela ne suffit pas, nous devons aussi développer l’entraînement de notre réflexion pour progresser dans notre compréhension de la nature des choses.
Une des caractéristiques de la sagesse est aussi que, au plus on se tourne vers la connaissance, au moins l’ignorance a la capacité de durer, dissipant ainsi les « klesas », ce qui fait souffrir, les afflictions mentales.
Il y a 2 types d’ignorance.
- Ne pas savoir : Il suffit pour dissiper cette ignorance que quelqu’un vous dise les choses. Ceci est simple.
- Avoir une perception erronée des choses : par exemple, ce que je vois, les fleurs devant moi, semblent être vraies, mais le sont elles vraiment ? Pour dissiper cette erreur, je dois me livrer à un examen précis et détaillé de ces fleurs.
Les facteurs de klesas
- La vue, la perception erronée : la vue pénétrante est un moyen d’y remédier
- Les émotions affectives : par exemple, quand le pense « moi », cela fait si longtemps que je vis avec cette idée que cela me semble réel. Il faudra que je me livre à une analyse très poussée pour comprendre que le moi est une désignation. Il ne suffira pas de la dire, je devrai l’intégrer par la réflexion.
Les agrégats du corps et de la conscience sont éphémères car ils sont nés de facteurs karmiques. A la racine des agrégats qui activent la souffrance, il y a les klesas, c’est-à-dire les émotions perturbatrices, destructrices.
« Notre esprit n’est donc jamais né :
Telle est la nature de la vacuité »
En ayant un cheminement du matérialisme vers le philosophique,
- Réfuter la nature intrinsèque des phénomènes et des agrégats
- Réfuter la dualité des phénomènes
- Réfuter que les instants de conscience sont dotés d’une existence véritable
- Réfuter une existence autonome des évènements extérieurs
Amène à comprendre que
- Les choses n’ont pas de soi et de ce fait sont égales
- Tous les phénomènes quels qu’ils soient sont dénués d’existence propre.
« Pour les bouddhas, l’esprit d’éveil
N’est pas obscurci par les pensées
Intellectuelles comme le soi et les agrégats,
Et toujours il a pour caractère la vacuité »
L’esprit d’éveil fit référence à l’ultime, à l’absolu. Celui qui a à voir avec la réalisation fondamentale et lumineuse, il ne peut pas être obscurci par aucune vue erronée.
La vacuité fondamentale n’est pas fabriquée, elle réside en toute chose.
« Il faut, l’esprit imprégné de compassion,
Méditer avec diligence sur cet esprit d’Eveil
Les compatissants bouddhas
Méditent constamment dessus. »
La méditation sur l’esprit d’éveil est essentielle car la seule compréhension intellectuelle de la vacuité, sans expérimentation, ne suffit pas à dissiper le voile de l’ignorance. Il fut « réaliser » la vacuité car cela induit le développement de la compassion.
« Si on analyse logiquement ce soi
Imaginé par les non-bouddhistes,
On ne le trouve, si tant est qu’il pût s’y loger
Dans aucun des agrégats. »
Ici commence la réfutation des vues non bouddhistes
« Ce monde dénué de soi
S’écroule quand l’intelligence comprend
Les agrégats, les domaines et les sources
Ainsi que les concepts de sujet et d’objet »
Le résultat de la croyance au soi crée un attachement extrêmement puissant et engendre le désir de ce qui semble favorable au moi et le rejet de ce qui lui serait néfaste. L’instinct de soi en tant que « je », comme sujet de l’expérience n’a rien de néfaste. Ce qui importe, c’est de ne pas le réifier au niveau d’une existence réelle, propre et autonome.
« Ceux qui veulent faire le bien des autres
Ont enseigné aux Auditeurs l’existence
Des cinq agrégats : forme, sensations,
Représentations, facteurs de composition et conscience. »
Ceci se réfère à certains aspects de la philosophie bouddhiste. Les deux premières écoles s’attachent à réfuter la notion d’un moi indépendant, associé aux agrégats du corps, d’un « atman ». Par exemple, le souvenir d’existences passées conduit à croire, à postuler, l’existence d’un moi. Ceci est une idéologie surimposée à la réalité. Soit on l’attache au corps, soit le dit séparé. Il s’agit de voir le moi que comme une désignation, sans existence réelle et continue.
La dissipation du moi dissipe la notion du mien.
On pourrait dire que l’attachement au mien est la TVA, la taxe sur la valeur ajoutée de l’attachement au moi. Si par exemple, je vois une belle montre tomber par terre et se casser chez le bijoutier, je dis « c’est dommage ». Par contre, si c’est « ma » montre, celle que je viens d’acheter, je vais avoir une crise cardiaque ! J
« Mais à l’attention des bodhisattvas,
Le meilleur des Hommes a toujours enseigné,
Les cinq agrégats comme suit :
Les formes sont comparables à l’écume sur la mer,
Les sensations aux bulles à la surface de l’eau,
Les représentations aux mirages
Les compositions aux bananiers
Et les consciences aux illusions magiques. »
Se libérer de l’identité des phénomènes. Pour diminuer l’attachement, on agit sur la dissipation du moi et du mien, mais cela ne suffit pas pour diminuer l’attachement aux choses si nous les croyons permanentes. Ce qui change perpétuellement ne peut être pourvu d’une existence autonome et permanente.
« Les agrégats, les domaines et les sources ont été enseignés
Pour arrêter la croyance au soi [selon l’esprit seulement].
Quant au point de vue des adeptes de l’esprit-seulement,
Ceux dont la fortune est grande l’abandonnent aussi. »
Voir les phénomènes sans existence propre, comme une perception de l’esprit, entraîne une diminution de l’attachement au soi et aux choses. Cependant, si un aspect ultime de la conscience existe de manière ultime, alors les perceptions de cette conscience seraient durables. Les perceptions intuitives s’inscrivent dans la conscience, mais il faut se débarrasser aussi de la croyance à une conscience à l’existence absolue pour se libérer de la souffrance.
Là, j’y panne plus rien …. 12h10, je sors affamée :p
Je croise le « type de ce matin », installé sur la pelouse, toujours ralenti apparemment, mais en grande conversation avec un moine. Synchronicité ;)
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blogged by Uranie
\\ tags: compassion, conscience, corps, désir, émotion, esprit, éveil, ignorance, nature, souffrance, vacuité