
Vacuité
Stances de la Voie Médiane
Chapitre 24
Examen des nobles vérités
7.
À tout cela je répondrai : vous ne comprenez rien
À la nécessité de la vacuité, ni à la vacuité elle-même,
Ni à ce qu’elle signifie, et c’est pour cela
Que vous la réfutez ainsi.
8.
Les bouddhas enseignent le Dharma
À deux [niveaux de] vérité :
La vérité relative conventionnelle
Et la vérité absolue.
9.
Ceux qui ignorent la distinction
Entre les deux vérités
Ne saisissent pas la profonde réalité
Enseignée par le Bouddha.
10.
Il est impossible de montrer l’absolu
Sans recourir aux conventions ;
Le nirvâna est impossible
Sans la réalisation de l’absolu.
11.
Mal comprise, la vacuité
Perd ceux qui manquent de sagesse
Comme un serpent mal attrapé
Ou une formule magique mal utilisée.
12.
C’est pourquoi, en esprit, le Sage répugnait
À enseigner le Dharma, car il savait
Combien les faibles [d’esprit] auraient de peine
À en réaliser les profondeurs.
Pour résumer ce que nous avons vu hier, certains accusent la Voie du milieu, le Madhyamika, de nihilisme. Il est important de réfléchir à 3 points concernant la compréhension de la vacuité.
- A quoi sert-elle ?
- Méditer
- Voir que l’ignorance est la racine de la souffrance
- Comprendre et enrayer le processus des klesa
i. Emotions destructrices
ii. 3 Poisons
1. Désir possessif
2. Arrogance
3. Haine
iii. Attachement à la permanence
- Quelle est sa nature ?
- Quel est son sens ?
1. Pour enrayer le processus des klesa, il faudra utiliser plusieurs antidotes.
Les antidotes directs neutralisent, découragent et détruisent les klesa. Par exemple, l’antidote direct de la haine est l’amour, l’antidote direct du désir est de considérer les aspects peu attirants de l’objet du désir.
Cela permettra de neutraliser, mais jamais de déraciner la souffrance.
Le seul antidote réel est la contemplation et par là, la réalisation de la nature véritable des choses. Il importe de développer une compréhension totale et profonde de la non identité de la personne, c’est pour cela que nous avons besoin de la vacuité. Pour se débarrasser de l’attachement au soi.
La représentation des phénomènes demeure au-delà de la prise de conscience qu’ils sont dénués d’identité, et il en surgira encore des attachements très subtils.
Il importe de se libérer de cet attachement subtil en réalisant la vacuité de toute représentation mentale. On parle de la vacuité de la vacuité.
Lorsque nous contemplons le monde, il existe tel que nous le voyons. Comment pourrait on comprendre que ce que je vois là, cette fleur devant moi, n’a qu’une existence nominale ?
Le bouddha a dit que toute chose avait une apparence et une nature ultime. Par exemple, l’emballage ne permet pas toujours de supposer du contenu véritable d’une chose. Ceux qui ignorent la différence entre ces deux vertus ne peuvent comprendre les propos du bouddha.
Il importe de ne pas simplement souscrire à cette vision superficielle que le monde est réel. Il faut faire une analyse plus poussée et réaliser que le monde a deux vérités par une analyse des caractéristiques apparentes et une analyse de la nature véritable des choses.
Cela rejoint l’analyse des physiciens de la nature.
La fleur parait réelle, avoir une existence, mais l’observation de cet aspects grossier de la nature que nous appelons une fleur conduit aux particules élémentaires qui la composent et même au-delà, au niveau quantique, au fait que les particules ne sont pas des choses mais des évènements. En effet, les physiciens nous disent que, plus on essaye de saisir une particule, moins on y arrive, ce qui conduit à observer des relations et non des éléments dotés de caractéristiques intrinsèques.
Ces deux visons, conventionnelle et ultime, il faut toujours les garder ensemble. L’une vise à examiner la nature illusoire des formes et l’autre la nature ultime qui est la vacuité.
Le bouddha ne disposait pas d’autre instrument d’analyse et d’observation que son esprit. C’est pas la méditation sur les choses qu’il a saisi ceci et qu’il a pu dire que tout ce qui est apparaît à la suite de causes et de conséquences, mais que rien n’est vraiment né, en tant qu’entité douée d’existence propre et autonome.
On transcende de cette façon les deux extrêmes de l’existence : réalité et néant par apparence ET vacuité.
Il faut commencer par accepter l réalité telle qu’on la voit puis passer ensuite à la compréhension de la nature ultime des choses, de la vacuité. La vacuité ne débarrasse pas de la réalité. C’est pour cela que cet enseignement peut s’avérer dangereux si la vacuité est mal comprise. C’est pour cela que l’on trouve une grande quantité de niveaux d’enseignement, chacun est destiné à ajuster la progression de l’élève sur la voie de la juste compréhension des enseignements.
Commentaire de l’esprit d’Eveil – Nagarjuna
63.
Bref, de choses vides
Naissent des choses vides :
Le Vainqueur enseigne que l’agent éprouve
Les effets de ses actes en vérité relative.
64.
Le son du tambour, de même que la pousse
Sont le fruit d’un concours [de circonstances].
Les manifestations extérieures en interdépendances
S’apparentent au rêve et au spectacle du magicien.
Pour revenir à cet examen des deux vérités, la vérité relative est fondée sur la compréhension de l’interdépendance, le jeu des relations, des causes et des effets, des causes et de leurs fruits, mais en comprenant que, ni la cause ni le fruit n’ont d’existence propre. « Interdépendant » et « dénué d’existence propre » sont des synonymes.
Et, en même temps, c’est parce que les choses sont interdépendantes et dénuées d’existence propres que cela permet le déploiement des phénomènes.
Pensée perso : c’est aussi cela qui permet la capacité de changement en psychologie
C’est cela qui sous tend que les phénomènes puissent être composés d’une infinité d’autres phénomènes sous jacents.
Pensée perso : dimension fractale de la réalité
La communauté de nature entre la cause et l’effet réside dans le fait par exemple que la graine donne la plante.
Quelles sont les possibilités pour qu’une chose naisse ?
- D’elle-même
- D’une autre chose
- De rien
- Ni de l’un ni de l’autre
65.
La production causale des choses
Ne contredira jamais [leur irréalité].
Puisque les causes ne sont pas telles par essence,
On réalise que rien n’a de naissance
66.
Les choses n’ont pas de naissance :
Voilà une explication de la vacuité.
Bref encore, on explique que les cinq agrégats
Désignent l’ensemble des phénomènes.
67.
Le cours de la vérité relative ne s’interrompra pas
Parce que le réel est expliqué tel quel.
Il n’est pas de réel
Différent de la vérité relative.
Quand on dit que le réel n’est pas différent de la réalité relative, cela signifie que la réalité relative est la racine même du réel. Voilà pour ce qui concerne l’utilité de comprendre la vacuité.
Pensée perso : La relativité de la réalité est la nature même du réel
Un petit schéma pour illustrer ma compréhension de ce système de perception.

La "fabrication" du réel
2. Comprendre la nature de la vacuité
Si on regarde les phénomènes, on voit qu’ils sont infiniment variés, pleins de caractéristiques, mais si on se penche sur la nature ultime, ce n’est pas une unicité, mais une saveur ultime, une unité.
Le goût unique de la compréhension de la nature ultime des choses est au-delà de leur représentation.
Le bouddha évoque la nature quintuple des choses : profonde, pacifiée, libre d’interprétation, lumineuse, non composée.
- En ce qui concerne le sens de la vacuité, nous pouvons nous reporter aux stances de la Voie du Milieu :
18.
J’appelle « vacuité »
Tout ce qui se produit en interdépendance.
Celle-ci est [donc] une désignation relative,
Et c’est cela-même que la Voie médiane.
19.
Puisqu’il n’est rien
Qui ne se produise en interdépendance,
Il n’est rien
Qui ne soit vide.
Cela évite de tomber dans les deux extrêmes du nihilisme et du matérialisme. Le nihilisme car elles existent en interdépendance, le matérialisme car elles n’existent pas par elles même.
La vacuité signifie que les phénomènes existent en relation es uns avec les autres.
13.
Du fait que les fâcheuses conséquences que vous avancez
Ne concernent pas la vacuité,
Votre rejet de la vacuité
Ne me concerne aucunement.
14.
Où la vacuité est possible,
Tout est possible.
Où la vacuité est impossible,
Tout est impossible.
15.
Vous m’accusez
De vos propres fautes
Comme si vous aviez oublié
Le cheval que vous montez !
16.
Si vous considérez que les choses
Existent par essence,
Vous les voyez dépourvues
De causes et de conditions.
17.
[Ce faisant,] vous rejetez l’effet et la cause,
L’agent, l’action et l’objet de l’action,
La naissance et la cessation,
De même que le fruit.
La nature de la vacuité est nécessaire. Les choses déterminées et indépendantes ne permettraient pas le déploiement de la relation de cause à effet.
Stances de la Voie Médiane
Chapitre 18
Examen du soi et des choses
1.
Si le soi était les agrégats,
Il serait sujet à la naissance et à la destruction.
S’il était différent des agrégats,
Il n’en aurait pas les caractères.
2.
Si le soi lui-même n’existe pas,
Comment donc y aurait-il un « sien » ?
Moi et mien une fois apaisés,
Il n’est plus de croyance au soi ni au sien.
La simple acceptation, sans examen du monde extérieur ne conduit pas aux mêmes jeux de répulsion et d’attirance que lorsque l’on croit à l’existence du moi indépendant. Car à partir du moment où l’on croit à un moi indépendant, on va lui donner une importance capitale.
Nous avons vu comment déconstruire le moi, mais il est toujours capital de revenir sur cet enseignement. Car c’est là que réside l’attachement le plus fort, puisqu’il engendre le « mien », le « bon », le « mauvais », …
Si le moi est associé au flot de conscience, on s’aperçoit que l’on dit « mon » esprit, « ma » conscience, et qu’on le sépare encore de la conscience, et que l’on continue à l’associer au corps ; je suis une femme, un homme, je suis gros, vieux, etc.
On parle d’un raisonnement en 7 points pour réfuter l’existence du moi et on applique ce même raisonnement à la notion de tathagata qui conduit à la « notion de bouddha » et non à une entité propre.
3.
Celui qui ne croit pas au moi ni au mien,
Celui-là n’existe pas davantage ;
Celui qui voit que la croyance au moi et au mien
N’existe pas, celui-là ne voit pas [de moi].
4.
Lorsqu’envers les objets intérieurs et extérieurs
Il n’y a plus de sentiment de soi ou de sien,
L’appropriation s’arrête et, avec son épuisement,
Les renaissances s’épuisent aussi.
Si on comprend que tout ceci nait d’une perception mentale surimposée à la réalité, on comprend que ce sont elles qui entretiennent et favorisent le samsara. La libération progressive de ces constructions mentales conduit à la fin des actes et des émotions dualistes.
5.
La libération est la fin des actes et des émotions négatives ;
Actes et émotions négatives viennent des pensées dualistes,
Et celles-ci des constructions mentales,
Mais ces dernières cessent dans la vacuité.
Ces dernières cessent DANS la vacuité et non par elle. La libération est possible du fait même de la compréhension de la vacuité.
Dalai lama – Nantes 2008
19 août 2008 – Les enseignements du matin
Retranscription de mon carnet de notes, merci de citer la source www.uranie.net
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\\ tags: enseignement, esprit, existence, interdépendance, monde, nature, réalité, vacuité